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( 20 décembre, 2007 )

Moi l’infirmière……. j’ai mal à ma blouse

feuillevigne.gif En y repensant, je vois que j’ai oublié de me presenter ! je suis une femme, mère de famille .Je suis aussi infirmière depuis plus de trente ans, j’aime écrire , peindre et chanter , je suis soprano dramatique.

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                 D’aucuns diront : « oh elle est infirmière… quel beau métier ! » Effectivement, c’est un métier magnifique , où les relations humaines sont peut être plus importantes que les soins, où une caresse  donnée à quelqu’un qui souffre  a parfois plus d’effet qu’un antalgique !

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Quand j’ai commencé mes études , j’avais dix huit ans, j’avais le feu sacré.J’allais aller soigner les lépreux et la terre entière…..je voulais soulager le monde de sa douleur , de ses differents maux. Enfin j’y croyais et durant plus de trente années , j’ai appliqué ce que je croyais être le plus important: avec les soins au corps , j’associais l’Amour et la Compassion , l’empathie ! Et je me suis usée devant l’indifference générale. Je sais, je vous entends déjà: »elle exagère » eh bien non je n’exagère pas ! le métier d’infirmière , ce n’est pas le feuilleton « urgence » , c’est surtout faire des toilettes, des soins courants, nettoyer des plaies ulcéreuses , vider des bassins de lits , et beaucoup de paperasseries ! Etre infirmière c’est écouter, aimer les autres et c’est ne pas avoir de vie de famille , pas d’horaire , pas les vacances quand on les voudrait ! C’est se croire en repos et être rappele au boulot parcequ’il manque du monde ! c’est être moralement et physiquement épuisée et ne pas pouvoir le dire parceque l’on porte une blouse blanche et qu’il faut toujours sourire ! c’est avoir un salaire correct mais tellement payer pour tout et n’avoir droit à rien que vous vous endettez pour pouvoir vivre et payer des études à vos enfants ! c’est voir son mari aller ailleurs et vous quitter parceque vous n’êtes jamais à la maison ; vous êtes infirmière, vous vous devez au service public ….. Quelle chance nous avons n’est ce pas ? nous sommes fonctionnaires…. vous savez ces fonctionnaires que tout le monde critique , ces fonctionnaires nantis dont tout le monde envie la place!!!!  Je suis fatiguée de n’être que l’ombre de moi même , l’ombre d’un rêve que l’on ne nous permet pas de vivre , J’ai toujours en moi ce feu d’amour pour mon prochain , je souhaite toujours aider les autres et être à leur service, mais la profession meurt , personne ne se soucie de nous , de ce que nous vivons et endurons. Certes le fantasme de la blouse blanche existera toujours , mais qui se soucie de savoir ce que ressentent les êtres vivants  sous ces blouses blanches ? qui se demandera pourquoi nous devenons rares ? qui pensera à ameliorer réellement nos conditions de travail et de vie ? de salaires ?  Nous sommes des infirmières , oui mais avant tout nous sommes des personnes humaines avec une âme , un coeur et des sentiments et comment être au service des autres si nous ne sommes pas à notre propre service, si nous n’existons plus ? J’attends le héros sur son blanc destrier , qui retrouvera le chemin de l’humanité et rendra à la profession ses lettres de noblesses . Qui viendra guérir les plaies de nos âmes ? Qui saura nous soigner nous les soignants blessés dans l’essence même de leurs êtres ?

Moi l’infirmière , j’ai mal à ma blouse ! et je chante  le blues de la blouse!!!

                                                mars 2002

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       petite note d’humour!    

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( 20 décembre, 2007 )

PEUT ËTRE QUE………….

feuillevigne.gifromanticafee.jpg Alors que je travaillais en gériatrie, beaucoup de visages parcheminés me regardaient avec des yeux doux ,  presque absents, comme s’ils avaient dejà emprunté le chemin de lumière.Ils semblaient me demander si leur souvenir resterait dans ma mémoire ou s’il s »effacerait aussitôt leur dépouilles enlevées.

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Souvent j’ai vu des collègues passer devant leurs chambres sans s’arrêter, trop pressées , trop de travail! trop peur de la vieillesse  aussi sans doute.Trop d’angoisse et de non dit ! peur d’une mort qui vient toucher chacun au moment le plus inattendu !

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De ces visages doux ou en colères, de ces peurs , de ces questionnements ,de ces caresses espérées et pas forcement données j’ai gardé une sensation de vide .Pourquoi faut il se donner l’excuse du travail pour ne pas avoir à affronter nos peurs?

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J’ai au cours de mes trente deux ans de service , essayé de donner autant de tendresse et d’écoute que le temps me le permettait, je n’ai jamais hésité à embrasser un malade qui en avait besoin , à consoler , à aimer et cependant je reste avec le sentiment que j’aurais peut être pu faire plus .

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J’ai écrit le texte qui va suivre quand j’ai quitté la géronto pour la psychiatrie.J’y étais restée dix huit ans .

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Fantôme… 

Eh… Madame, m’entendez-vous ?

Oui, ici ! C’est moi, vous souvenez-vous ?

Non ! Oh, je sais, vous en voyez tant !

Et puis, vous n’avez jamais le temps.

Moi, j’étais un numéro de lit,

Un traitement, un soin, pas une amie.

Et pourtant, je vivais alors, j’existais !

J’espérais, mais à votre montre le temps filait

Et vos jambes couraient sans arrêt.

Vous n’avez pas vu, vous n’avez pas su,

Combien un sourire, un mot, un geste menu,

M’aurait rendu la joie de vivre,

M’aurait aidé à être heureuse et libre.

Je ne demandais pas grand-chose,

Juste de me sentir accueillie, écoutée, comprise ;

Mais vous, sur mes intentions vous vous êtes méprise,

Et de troubles divers m’avez taxée,

Alors que tout mon être, criait mon besoin d’aimer.

Alors après la révolte, vint le temps de la résignation,

Puis quand le goût de vivre est mort en moi,

J’ai quitté ce corps déchu, ce corps de désolation

Et j’ai libéré l’unique chose qui était encore en moi : « mon esprit ».

Lui ne sera jamais un numéro ou un désorienté,

Car lui a gardé envers et contre tout, ce que vous m’avez refusé « une identité ! »

« Adieu madame et souvenez-vous, je suis un visage effacé, un numéro oublié ! »

                                                                   Brigitte 1994

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